Khmers Rouges, suite et fin...
Avant de tourner définitivement la page de cette sombre période du cambodge et revenir à des choses plus réjouissantes, il nous reste à vous raconter notre visite dans les charniers de Choeung EK.
Le procès de Ta Douch
Mais d'abord un petit mot pour vous dire qu'on a finalement pu assister au procès des KR.
En effet, Bang bonna nous a informé que les débats n'étaient pas encore finis et qu'il restait 2 jours d'audience avant les vacances du jour de l'an. Ni une ni deux!!, nous avons sauté sur la moto direction le tribunal spécial situé au Sud de Phnom Penh, à environ 10 Km de la maison.
Les débats portent toujours sur Ta Douch, et sur ses responsabilités en tant que chef des centres M-13 puis S-21. L'instruction a démontré que Douch, quoique n'étant pas un haut dirigeant du "Kampuchéa Démocratique", peut être considéré comme entrant dans la catégorie des principaux responsables des crimes contre l'humanité et violations graves des accords de Genève commis entre le 17 Avril 1975 et le 06 Janvier 1979, tant en sa qualité de secrétaire que de par sa participation personnelle aux crimes commis au S-21. Il est parallèlement accusé de crimes et tortures relevant du droit national.
Douch fut nommé professeur de mathématiques en 1965, mais aurait été trés vite attiré par le communisme. Il fut arrêté en 1968 par la police de Sihanouk, puis relâché en 1970 lorsque Sihanouk fut renversé. Entre Juillet 1971 et Janvier 1975, Douch fut le chef du bureau 13 ou "M-13" (un centre de rétention situé au Nord de Phnom Penh). Il est resté avec les KR jusqu'à ce qu'il retourne à l'enseignement au début des années 1990. Après la mort de sa femme dans un cambriolage en 1995, il se convertit au christianisme et déménage dans le sous-district de Samlaut où il vécut jusqu'à ce qu'il soit identifié par des journalistes en 1999. Il fut ensuite arrêté par les autorités militaires cambodgiennes.
Etant plutôt chanceux!! nous tombons pile le jour où la chambre entend le témoin François Bizot. Bizot, membre de l'école française d'extrême-orient a eu la malchance de se trouver 2 fois au mauvais endroit au mauvais moment... Alors qu'il travaillait à la conservation d'Angkor en 1971, il est fait prisonnier par les KR qui ne sont pas encore au pouvoir, et est accusé d'être un espion de la CIA. Pour ces raisons il sera retenu prisonnier et enchaîné 3 mois au camp M-13, avec Ta Douch comme geôlier. Etant le seul étranger, Douch lui réservera un "traitement de faveur" (pas de tortures). Il finira pas être relaché à la faveur de son bourreau qui ne croit finalement pas à sa culpabilité, alors que ses 2 compagnons et assistants khmers seront quant à eux finalement éxécutés.
Il restera cependant au Cambodge aprés sa libération, et en 1975 lorsque les KR envahiront la capitale il sera nommé interprète des réfugiés retranchés à l'ambassade de France. Il partira finalement dans le dernier convoi d'étrangers expulsés par les KR, après avoir manqué à plusieurs reprises de se faire tuer.
Pour avoir lu son livre (Le Portail) il y a quelques années, je vous le recommande vivement car son récit poignant démontre les mécanismes de l'épouvante du régime et fait tomber le masque du bourreau monstre qui redevient presque humain.
Nous avons donc pris place dans la salle réservée au public. Plus beaucoup de monde en cette fin de procès, et en fait essentiellement des étrangers et notamment des français.
La cour est quant à elle derrière une vitre et on reconnaît assis au premier rang Hong, un ancien étudiant à Lyon 2 qui est désormais greffier!!
Bizot, de dos, est intérrogé par les avocats des parties civiles sur ses conditions de détention au camp M-13 ; et sur ce qu'il a pu entendre ou voir concernant le régime KR (principaux dirigeants, responsabilités de telle ou telle personne.....). Le problème est que les faits se sont déroulés il y a 38 ans, et la mémoire de Bizot lui joue parfois des tours. Il répond néanmoins avec beaucoup d'assurance aux questions posées.
Face à lui, Ta Douch est enfoncé dans son fauteuil. Le visage impassible, il écoute avec attention l'interrogatoire. De petite taille, très maigre, les cheveux grisonnants, on a du mal à voir en ce petit homme le bourreau qu'il fut pendant tant d'années. Il ne nie en rien les accusations qui lui sont portées, et se contente d'apporter des précisions sur les responsabiités exactes de chacun, en divulgant au passage le nom de certains de ses collègues de "travail".
Sachant que de toute façon son sort est scellé, il a réclamé auprés de la cour qu'il finisse sa peine en résidence surveillée, et non dans une prison!!! Desfois on croît rêver..
Nous assitons donc pendant une demi journée à ces débats, en se disant que nous sommes en train d'assister à un moment historique. Pourtant nous avons quand même du mal à apprécier la portée de l'évènement, qui restera un moment clé dans l'histoire du Cambodge.
Les charniers ( ou camp d'extermination ) de Choeung Ek
Rendu célèbre par le film "la déchirure", ce camp de la mort fut exploité pendant 3 ans par les KR. C'est ici qu'étaient liquidés les prisonniers de Tuol Sleng. Pour ne pas gaspiller leurs cartouches, les bourreaux les achevaient à coups de crosses. Les corps étaient jetés dans 129 fosses communes!! Environ 80 de ces charniers ont été mis au jour, permettant ainsi de retrouver les ossements de 8985 personnes, soit la moitié du nombre de victimes estimé.



Un mémorial en forme de stupa a été érigé sur le site en 1988. On y voit des milliers de crânes entassés sur des étagères, avec en dessous un tas de guenilles. Sans commentaire.



La visite s'avère moins dure que celle de Tuol Sleng car il ne reste que peu de traces des horreurs qui s'y sont déroulées. Seuls les crânes, les ossements et les vêtements qui trainent ci et là nous rappellent que cet ancien verger de longaniers fut le théâtre d'une des plus grandes tragédies du 20ème siècle.
Le silence pesant et l'atmosphère particulière se dégageant de ce lieu aspirent à la réflexion sur les plus vils instincts de l'homme.
Le procès de Ta Douch
Mais d'abord un petit mot pour vous dire qu'on a finalement pu assister au procès des KR.
En effet, Bang bonna nous a informé que les débats n'étaient pas encore finis et qu'il restait 2 jours d'audience avant les vacances du jour de l'an. Ni une ni deux!!, nous avons sauté sur la moto direction le tribunal spécial situé au Sud de Phnom Penh, à environ 10 Km de la maison.
Les débats portent toujours sur Ta Douch, et sur ses responsabilités en tant que chef des centres M-13 puis S-21. L'instruction a démontré que Douch, quoique n'étant pas un haut dirigeant du "Kampuchéa Démocratique", peut être considéré comme entrant dans la catégorie des principaux responsables des crimes contre l'humanité et violations graves des accords de Genève commis entre le 17 Avril 1975 et le 06 Janvier 1979, tant en sa qualité de secrétaire que de par sa participation personnelle aux crimes commis au S-21. Il est parallèlement accusé de crimes et tortures relevant du droit national.
Douch fut nommé professeur de mathématiques en 1965, mais aurait été trés vite attiré par le communisme. Il fut arrêté en 1968 par la police de Sihanouk, puis relâché en 1970 lorsque Sihanouk fut renversé. Entre Juillet 1971 et Janvier 1975, Douch fut le chef du bureau 13 ou "M-13" (un centre de rétention situé au Nord de Phnom Penh). Il est resté avec les KR jusqu'à ce qu'il retourne à l'enseignement au début des années 1990. Après la mort de sa femme dans un cambriolage en 1995, il se convertit au christianisme et déménage dans le sous-district de Samlaut où il vécut jusqu'à ce qu'il soit identifié par des journalistes en 1999. Il fut ensuite arrêté par les autorités militaires cambodgiennes.
Etant plutôt chanceux!! nous tombons pile le jour où la chambre entend le témoin François Bizot. Bizot, membre de l'école française d'extrême-orient a eu la malchance de se trouver 2 fois au mauvais endroit au mauvais moment... Alors qu'il travaillait à la conservation d'Angkor en 1971, il est fait prisonnier par les KR qui ne sont pas encore au pouvoir, et est accusé d'être un espion de la CIA. Pour ces raisons il sera retenu prisonnier et enchaîné 3 mois au camp M-13, avec Ta Douch comme geôlier. Etant le seul étranger, Douch lui réservera un "traitement de faveur" (pas de tortures). Il finira pas être relaché à la faveur de son bourreau qui ne croit finalement pas à sa culpabilité, alors que ses 2 compagnons et assistants khmers seront quant à eux finalement éxécutés.
Il restera cependant au Cambodge aprés sa libération, et en 1975 lorsque les KR envahiront la capitale il sera nommé interprète des réfugiés retranchés à l'ambassade de France. Il partira finalement dans le dernier convoi d'étrangers expulsés par les KR, après avoir manqué à plusieurs reprises de se faire tuer.
Pour avoir lu son livre (Le Portail) il y a quelques années, je vous le recommande vivement car son récit poignant démontre les mécanismes de l'épouvante du régime et fait tomber le masque du bourreau monstre qui redevient presque humain.
Nous avons donc pris place dans la salle réservée au public. Plus beaucoup de monde en cette fin de procès, et en fait essentiellement des étrangers et notamment des français.
La cour est quant à elle derrière une vitre et on reconnaît assis au premier rang Hong, un ancien étudiant à Lyon 2 qui est désormais greffier!!
Bizot, de dos, est intérrogé par les avocats des parties civiles sur ses conditions de détention au camp M-13 ; et sur ce qu'il a pu entendre ou voir concernant le régime KR (principaux dirigeants, responsabilités de telle ou telle personne.....). Le problème est que les faits se sont déroulés il y a 38 ans, et la mémoire de Bizot lui joue parfois des tours. Il répond néanmoins avec beaucoup d'assurance aux questions posées.
Face à lui, Ta Douch est enfoncé dans son fauteuil. Le visage impassible, il écoute avec attention l'interrogatoire. De petite taille, très maigre, les cheveux grisonnants, on a du mal à voir en ce petit homme le bourreau qu'il fut pendant tant d'années. Il ne nie en rien les accusations qui lui sont portées, et se contente d'apporter des précisions sur les responsabiités exactes de chacun, en divulgant au passage le nom de certains de ses collègues de "travail".
Sachant que de toute façon son sort est scellé, il a réclamé auprés de la cour qu'il finisse sa peine en résidence surveillée, et non dans une prison!!! Desfois on croît rêver..
Nous assitons donc pendant une demi journée à ces débats, en se disant que nous sommes en train d'assister à un moment historique. Pourtant nous avons quand même du mal à apprécier la portée de l'évènement, qui restera un moment clé dans l'histoire du Cambodge.
Les charniers ( ou camp d'extermination ) de Choeung Ek
Rendu célèbre par le film "la déchirure", ce camp de la mort fut exploité pendant 3 ans par les KR. C'est ici qu'étaient liquidés les prisonniers de Tuol Sleng. Pour ne pas gaspiller leurs cartouches, les bourreaux les achevaient à coups de crosses. Les corps étaient jetés dans 129 fosses communes!! Environ 80 de ces charniers ont été mis au jour, permettant ainsi de retrouver les ossements de 8985 personnes, soit la moitié du nombre de victimes estimé.
Un mémorial en forme de stupa a été érigé sur le site en 1988. On y voit des milliers de crânes entassés sur des étagères, avec en dessous un tas de guenilles. Sans commentaire.
La visite s'avère moins dure que celle de Tuol Sleng car il ne reste que peu de traces des horreurs qui s'y sont déroulées. Seuls les crânes, les ossements et les vêtements qui trainent ci et là nous rappellent que cet ancien verger de longaniers fut le théâtre d'une des plus grandes tragédies du 20ème siècle.
Le silence pesant et l'atmosphère particulière se dégageant de ce lieu aspirent à la réflexion sur les plus vils instincts de l'homme.
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